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Angèle Assélé prise dans la tempête après sa sortie sur l’absence de Kôba Building au FEMUA 18

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La polémique est partie d’un plateau télévisé, avant de se répandre sur Facebook. Invitée sur la Radio télévision ivoirienne dans le cadre du FEMUA 18, où le Gabon était pays invité d’honneur, Angèle Assélé a tenté d’expliquer le choix des artistes gabonais retenus pour représenter le pays en Côte d’Ivoire. Mais sa réponse sur l’absence de Kôba Building, figure majeure du rap gabonais, a déclenché une vague de critiques et de moqueries sur les réseaux sociaux.

Une délégation gabonaise très observée

La 18e édition du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo s’est tenue du 28 avril au 3 mai, en Côte d’Ivoire, avec le Gabon comme pays invité d’honneur. La délégation gabonaise, forte d’environ 150 acteurs culturels, artistes, danseurs et artisans, avait pour mission de mettre en avant la diversité culturelle du pays sur une scène africaine très suivie. Plusieurs médias gabonais ont d’ailleurs salué une participation dense, entre prestations artistiques, exposition du patrimoine et diplomatie culturelle.

Mais cette vitrine culturelle s’est aussi accompagnée de débats. Avant même le début du festival, l’absence de Kôba Building dans la sélection officielle avait suscité l’incompréhension d’une partie du public. Le rappeur, considéré comme l’une des grandes figures du hip-hop gabonais, a été présenté par plusieurs internautes et observateurs comme l’un des grands oubliés de cette délégation.

Une réponse qui met le feu aux réseaux

C’est dans ce contexte sensible qu’Angèle Assélé, membre de la délégation gabonaise, s’est exprimée sur le plateau de l’émission C’midi, diffusée sur la RTI. Interrogée sur l’absence de Kôba Building, la chanteuse a expliqué que la sélection avait été effectuée en tenant compte de l’actualité musicale des artistes retenus. Une formule qui, loin d’éteindre la polémique, l’a amplifiée.

« La sélection a été faite sur la base de l’actualité. En ce moment, au Gabon, ceux qui sont au cœur de l’actualité musicale dans le domaine de la musique, ce sont eux… Ils sont nombreux, mais vraiment, on a sélectionné les meilleurs », a déclaré l’ancienne gloire de la musique gabonaise. Cette phrase, reprise et commentée sur Facebook, a été perçue par certains internautes comme une manière de minimiser le poids artistique de Kôba Building.

Le retour d’Angèle Assélé sous surveillance

La présence d’Angèle Assélé dans cette délégation était déjà observée de près. Cousine de l’ancien président Ali Bongo Ondimba, renversé le 30 août 2023, la chanteuse avait été moins visible durant la période de transition. Son retour dans une mission culturelle officielle, sous l’impulsion du ministère du Rayonnement culturel dirigé par Paul Ulrich Kessany, n’est donc pas passé inaperçu.

Pour ses détracteurs, cette exposition officielle aurait exigé davantage de prudence dans la prise de parole. Beaucoup lui reprochent d’avoir défendu une sélection au nom de l’actualité musicale, alors qu’elle-même est accusée, par ses critiques, de ne plus occuper le devant de la scène depuis plusieurs années. L’attaque est rude, mais elle résume le cœur de la polémique : Angèle Assélé pouvait-elle parler d’actualité musicale sans s’exposer à un retour de flamme ?

Kôba Building, grand absent et symbole du malaise

Sur Facebook, les commentaires se sont rapidement multipliés. Certains internautes ont estimé qu’Angèle Assélé aurait mieux fait de ne pas répondre à la question. « Souvent, lorsqu’on n’a rien à dire, il est mieux de se taire », a écrit Jeff Palessonga. Un autre internaute, sous le pseudonyme Tony Berlusconi, a ironisé : « Donc Amiyo, c’est l’actualité ? »

D’autres ont pris plus frontalement la défense de Kôba Building. Pour eux, le rappeur reste un monument vivant du rap gabonais, dont l’influence dépasse largement les modes du moment. Plusieurs internautes ont rappelé son parcours, son exil, son retour au Gabon et sa place dans l’histoire du hip-hop national. « Kôba Building est le meilleur rappeur de l’histoire du Gabon. Il a représenté le pays partout où il est passé », a notamment réagi Axel Nguema.

Une actualité musicale contestée

L’argument de l’actualité musicale a particulièrement irrité les fans du rappeur. Junior Lemoir Mombo a ainsi rappelé que Kôba Building avait sorti une mixtape en 2026 et multiplié les concerts depuis son retour au Gabon, en août dernier. Pour lui, l’artiste continue de peser dans le paysage musical national. « Bientôt une année qu’il fait l’actualité du rap gabonais. On parle du Kora Man quand même. Un monument vivant », a-t-il écrit.

D’autres internautes ont choisi le registre de la moquerie. Certains ont questionné la légitimité artistique actuelle d’Angèle Assélé elle-même, en référence à son célèbre titre Amiyo. « Toi-même, tu fais quoi là-bas, à part nous chanter ton hymne national, Amiyo ? Kôba, c’est le king », a lancé Ikena Lass Bouyenda. Un autre commentaire, plus mordant, s’interroge : « Est-elle d’actualité elle-même ? Même si on retournait un peu en arrière, devrait-elle faire partie des 199 premiers ? »

Une défense isolée face au torrent de critiques

Dans ce concert de critiques, quelques voix ont tout de même tenté de défendre Angèle Assélé. L’influenceur gabonais connu sous le pseudonyme Gloire Disjoncteur a notamment dénoncé l’excès des attaques visant la chanteuse. Pour lui, la délégation ne pouvait pas emmener tous les artistes gabonais en Côte d’Ivoire.

« Il fallait ramener alors tout le Gabon. Les gens aiment trop se plaindre », a-t-il réagi, prenant le contre-pied des commentaires dominants. Une défense qui souligne aussi la difficulté de composer une délégation culturelle dans un pays où chaque choix artistique peut rapidement devenir un sujet politique, générationnel ou identitaire.

Une polémique révélatrice

Au-delà de la sortie d’Angèle Assélé, cette séquence révèle une fracture plus profonde dans la perception de la représentation culturelle gabonaise à l’étranger. Le FEMUA 18 devait être une vitrine du Gabon, de sa musique, de son patrimoine et de ses talents. Mais l’absence de certaines figures attendues, notamment Kôba Building, a relancé le débat sur les critères de sélection, la place des anciens, celle des artistes urbains et l’influence des réseaux dans la reconnaissance publique.

Angèle Assélé a sans doute voulu défendre une sélection officielle. Mais en parlant des artistes « au cœur de l’actualité musicale », elle a donné à ses détracteurs l’occasion de retourner l’argument contre elle. Résultat : au lieu de refermer le débat, son passage sur la RTI l’a ravivé. Et une fois encore, c’est sur Facebook que la scène culturelle gabonaise a livré l’un de ses débats les plus bruyants.

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