Société
Droits d’auteur au Gabon : Zéphirin le Grand brise le silence et interpelle les autorités
Dans un message poignant largement relayé ce lundi 23 mars sur les réseaux sociaux, Zéphirin le Grand, figure emblématique de la musique gabonaise, a décidé de sortir de sa réserve. L’artiste, auteur-compositeur et interprète, espère percevoir enfin ses droits d’auteur d’ici cinq mois, après plus de cinquante années de carrière consacrées à la promotion de la culture nationale.
Peu habitué aux prises de parole publiques, le chanteur a choisi cette fois de s’exprimer frontalement. Au-delà de son cas personnel, il alerte sur la situation globale des artistes gabonais, confrontés à des difficultés persistantes en matière de reconnaissance et de rémunération. Son message, empreint de dignité et de gravité, a immédiatement suscité de nombreuses réactions.
Un cri du cœur après 50 ans de carrière
Connu également sous le pseudonyme de Zeus 1er du Gabon, Zéphirin le Grand a entamé sa carrière en 1972. Plus d’un demi-siècle plus tard, il dresse un constat amer : celui d’un parcours riche artistiquement, mais pauvre en reconnaissance institutionnelle.
Dans son message, il interpelle directement sur la question des droits d’auteur : « Avant le mois d’août, puis-je espérer, pour la première et peut-être la dernière fois, percevoir mes droits d’auteur ? » Une interrogation lourde de sens, qui traduit à la fois l’attente, la lassitude et une certaine urgence liée à son âge et à son statut de doyen.
Un système « figé » dénoncé
L’artiste ne se contente pas d’exprimer un souhait. Il met en cause un dysfonctionnement structurel qu’il juge persistant depuis des années. « Depuis longtemps, un blocage persiste… Un système figé qui empêche les artistes de jouir pleinement de leurs droits, contrairement à ce qui se fait dans d’autres pays de la sous-région », déplore-t-il.
Malgré l’arrivée de nouvelles autorités, Zéphirin le Grand dit ne constater aucune évolution significative. Un constat partagé, selon lui, par de nombreux acteurs culturels qui peinent à bénéficier des retombées économiques de leurs œuvres.
Une interpellation directe des acteurs du dossier
Dans une démarche inhabituelle, le chanteur cite nommément deux figures du secteur : Marcel Djabio et N’Nang Nsome. « Qu’est-ce qui bloque encore aujourd’hui ? Cette interpellation s’adresse directement à ceux qui me connaissent bien », écrit-il, avant d’ajouter : « Je parle ici avec dignité, mais aussi avec vérité. Pour ma carrière. Pour ma mémoire. Et pour tous les artistes qui méritent justice. »
Une prise à témoin publique qui souligne le niveau de frustration atteint par l’artiste, mais aussi sa volonté de provoquer une réaction concrète sur ce dossier.
Une reconnaissance toujours attendue
Au-delà des droits d’auteur, Zéphirin le Grand évoque un autre manque : celui de la reconnaissance officielle. En plus de cinquante ans de carrière, il affirme n’avoir reçu ni distinction ni médaille. « Aucune récompense. Aucune médaille. Aucune reconnaissance officielle », rappelle-t-il avec amertume.
L’auteur du titre « Nsour Mbot » incarne pourtant une génération pionnière du paysage musical gabonais, aujourd’hui vieillissante et souvent laissée en marge des circuits de valorisation.
Un symbole du malaise des artistes gabonais
À travers ce message, c’est toute la question du statut de l’artiste au Gabon qui refait surface. Entre absence de mécanismes efficaces de redistribution des droits, manque de reconnaissance institutionnelle et précarité persistante, de nombreuses voix dénoncent un système en décalage avec les standards internationaux.
Zéphirin le Grand, en prenant la parole, donne ainsi un visage à une problématique plus large. Son appel dépasse son cas personnel et s’inscrit dans une revendication collective : celle d’un secteur culturel mieux structuré, plus juste et enfin respectueux des droits de ceux qui le font vivre.
À quelques mois de l’échéance qu’il s’est lui-même fixée, reste à savoir si cet appel trouvera un écho auprès des autorités et des acteurs concernés, ou s’il viendra s’ajouter à la longue liste des alertes restées sans suite.