Politique
Gabon : Edgard Moukoumbi veut réglementer les églises de réveil, les responsables religieux réagissent
Nommé le 11 octobre dernier par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, en remplacement d’Adrien Nguema Mba, Edgard Moukoumbi n’a pas attendu longtemps pour évoquer ce dossier sensible. L’ancien ministre des Travaux publics, désormais chargé notamment des Cultes, souhaite renforcer le contrôle des activités religieuses, particulièrement celles des églises dites de réveil.
« Nous allons aller réglementer les églises de réveil, nous allons aller chercher à regarder ce qui se passe là-dedans », a-t-il déclaré dans une intervention diffusée sur les réseaux sociaux. Le ministre s’est également interrogé sur le temps consacré par certains fidèles aux activités religieuses, parfois au détriment, selon lui, de leurs obligations professionnelles et familiales.
« Notre pays, ce n’est pas une passoire »
Pour justifier sa démarche, Edgard Moukoumbi établit un parallèle entre les lieux de culte et d’autres activités soumises à des autorisations administratives. Il estime que l’exercice de la religion ne doit pas dispenser les organisations concernées du respect des règles de fonctionnement.
« L’officine, c’est réglementé. L’école, c’est réglementé. Parce que pour ouvrir un cabinet médical, il faut avoir notre agrément. […] Pareil pour les églises, on va réglementer tout ça. Nous sommes un État de droit. Notre pays, ce n’est pas une passoire », a-t-il affirmé.
Au-delà des questions administratives, le débat porte également sur les nuisances sonores provoquées par certains rassemblements religieux, notamment dans les quartiers résidentiels. Les activités nocturnes, l’utilisation d’équipements de sonorisation et les tensions avec les riverains constituent autant de sujets susceptibles d’être examinés dans le cadre d’un éventuel renforcement des contrôles.
Les églises de réveil privilégient le dialogue
Les déclarations du ministre n’ont pas laissé les responsables religieux indifférents. Dans un communiqué publié le 17 octobre, le Conseil national des Églises pentecôtistes, évangéliques et de réveil (CNEPER), présidé par le révérend pasteur Gaspard Obiang, a appelé ses membres à la retenue et à l’apaisement.
L’organisation a indiqué avoir engagé des démarches auprès du ministère afin d’obtenir des clarifications sur les intentions du nouveau responsable des Cultes. « Nous privilégions la voie du dialogue et de la concertation », a souligné son président, invitant les responsables religieux à éviter les réactions susceptibles d’aggraver les tensions.
Le défi pour Edgard Moukoumbi sera désormais de concilier les impératifs d’ordre public avec la liberté de religion garantie par la Constitution gabonaise. À ce stade, aucune nouvelle réglementation détaillée n’a été officiellement présentée. Les prochaines décisions du ministère permettront de déterminer la portée réelle de cette volonté d’encadrement et ses conséquences pour les communautés religieuses du pays.