Société
Gabon : Avec 150 000 FCFA par mois, peut-on encore vivre décemment à Libreville ?
Se loger, se nourrir, se déplacer et payer ses factures avec seulement 150 000 FCFA par mois : l’équation devient particulièrement difficile pour de nombreux travailleurs gabonais. Dans une tribune relayée jeudi 22 octobre 2026, Guillou Bitsutsu-Gielessen relance le débat sur le pouvoir d’achat et appelle à l’instauration d’un Revenu minimum convenable (RMC), adapté au coût réel de la vie. Pour lui, les rémunérations minimales actuellement en vigueur ne permettent plus de répondre dignement aux besoins essentiels des ménages, particulièrement à Libreville.
Le Gabon présente une particularité dans sa réglementation salariale. Le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) demeure fixé à 80 000 FCFA par mois depuis 2006, tandis que le Revenu minimum mensuel (RMM), qui intègre notamment des primes de logement et de transport, s’élève à 150 000 FCFA depuis 2010. Une distinction juridique importante, souvent brouillée dans le débat public, mais qui ne change pas le fond du problème soulevé par Guillou Bitsutsu-Gielessen : le décalage entre les revenus modestes et les dépenses quotidiennes.
Dans la capitale gabonaise, le logement constitue l’un des premiers postes de dépenses. Selon les estimations avancées dans sa réflexion, un studio peut absorber à lui seul une part considérable, voire la totalité, d’un revenu mensuel de 150 000 FCFA. À cela s’ajoutent l’alimentation, les transports, l’électricité, l’eau, la santé et les autres charges courantes. Pour un travailleur vivant seul et ne bénéficiant d’aucun soutien extérieur, l’équilibre budgétaire devient alors difficile à maintenir.
La vie chère pèse sur le pouvoir d’achat
Les difficultés ne concernent pas uniquement les loyers. Les prix de plusieurs produits de consommation courante alimentent également les inquiétudes des ménages. À Libreville, la baguette de pain, dont le tarif de référence est de 125 FCFA, était notamment vendue à 150 FCFA dans certains quartiers en octobre, sur fond de hausse du prix de la farine. Les dépenses liées à l’alimentation et aux déplacements réduisent ainsi les marges de manœuvre des salariés les moins rémunérés.
Pour Guillou Bitsutsu-Gielessen, cette situation impose de repenser les critères utilisés pour déterminer un revenu acceptable. Il estime qu’une personne seule aurait besoin de 400 000 à 600 000 FCFA par mois à Libreville pour couvrir convenablement ses dépenses. Pour un couple avec deux enfants, son évaluation atteint 1 à 1,5 million de FCFA mensuels, contre 250 000 à 400 000 FCFA pour une personne seule dans certaines villes de province. Ces montants constituent ses estimations et non des seuils officiels établis par une enquête nationale sur le niveau de vie.
Vers un revenu minimum convenable ?
Face à ce constat, l’auteur défend la création d’un Revenu minimum convenable (RMC), qui tiendrait compte de la composition des ménages et des disparités entre Libreville, Port-Gentil, Franceville, Oyem et les autres localités du pays. Il avait déjà appelé, en décembre 2025, à l’organisation d’États généraux du salaire, du salaire minimum et de la grille indiciaire. L’objectif serait de revoir la politique de rémunération à partir des besoins réels des travailleurs plutôt que de maintenir des références devenues insuffisantes à ses yeux.
Une telle réforme poserait toutefois la question de son financement et de ses conséquences pour les entreprises, notamment les petites structures. L’augmentation des revenus devrait être examinée en parallèle de la productivité, des capacités des employeurs, de la lutte contre la vie chère et de l’amélioration de l’offre de logements. Pour l’auteur, une meilleure rémunération pourrait néanmoins soutenir la consommation et contribuer à l’apaisement du climat social.
Au-delà des montants avancés, la tribune de Guillou Bitsutsu-Gielessen pose une question centrale : à quoi sert un revenu minimum s’il ne permet pas de couvrir les dépenses indispensables à une existence décente ? Entre coût du logement, prix des denrées et faiblesse du pouvoir d’achat, le débat sur la revalorisation des revenus apparaît désormais indissociable de celui sur la vie chère au Gabon.
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