Société
À l’église CNR, la campagne à 100 000 F CFA qui scandalise la toile
L’église Christ révélé aux nations (CNR), dirigée par Mike Jocktane, se retrouve une nouvelle fois au centre d’une vive polémique sur les réseaux sociaux. En cause : une campagne d’évangélisation dont le droit de participation a été fixé à 100 000 F CFA. L’annonce, faite ce mardi 17 mars dans une vidéo largement relayée en ligne par la révérende Carelle Ambouroue, a suscité une vague d’indignation, de moqueries et de critiques.
Depuis plusieurs mois, de nombreux extraits de cultes diffusés sur la toile alimentent déjà les débats autour des pratiques financières au sein de cette assemblée. Pour de nombreux internautes, les prédications, prophéties, révélations ou encore guérisons paraissent trop souvent associées à des contributions d’argent. Une perception qui nourrit l’idée, chez certains observateurs, d’une marchandisation croissante du discours religieux.
Une évangélisation réservée à ceux qui peuvent payer
Dans la vidéo qui fait polémique, Carelle Ambouroue annonce sans détour les conditions d’accès à l’événement. « Le droit de participation s’élève à 100 000 F CFA. 100 000 F CFA que tu paies pour passer au prochain niveau », déclare-t-elle devant l’assemblée.
La suite de son intervention a encore davantage choqué. La prédicatrice laisse entendre que cette rencontre ne s’adresse pas à tout le monde, assumant un tri par les moyens financiers. « Ça n’aura pas lieu à l’église. Déjà même le cadre révèle, le lieu révèle déjà que ce n’est pas pour tout le monde. Nous tous on sera au ciel, mais nous tous on n’aura pas la même position. Il y aura des gens qui seront proches du trône. Il y aura des gens qui seront loin du trône. Si aujourd’hui tu ne peux pas prendre 100 000, ce n’est pas grave, l’année prochaine tu vas te présenter », affirme-t-elle.
Une mise en scène de la contribution qui choque
La vidéo montre également la révérende passer immédiatement à la vente des tickets, en interpellant directement plusieurs fidèles dans la salle. Leaders religieux, membres de la chorale, équipe de production : plusieurs catégories sont appelées à acheter leur billet sur-le-champ. Dans un passage très commenté, elle apostrophe un fidèle : « Pascal c’est bien déjà que toi, j’ai prophétisé la promotion, tu dois prendre le ticket », avant de demander les applaudissements de l’assistance.
Cette séquence a renforcé le malaise chez de nombreux internautes, qui y voient une forte pression psychologique exercée sur les fidèles. Le caractère public de l’appel à contribution, associé à la promesse de bénédictions ou d’élévation spirituelle, a alimenté une lecture très critique de cette opération.
Gloria, anniversaire et “prix à payer”
Un autre extrait a particulièrement circulé. L’événement devant coïncider avec l’anniversaire d’une fidèle prénommée Gloria, Carelle Ambouroue l’invite publiquement à acheter son ticket pour recevoir des bénédictions ce jour-là. « Gloria, viens prendre le ticket, dépêche-toi. Gloria tiens, ton anniversaire c’est la semaine prochaine, c’est une occasion pour toi de le passer dans la présence de Dieu en payant le prix », lance-t-elle.
Elle poursuit en comparant cette dépense religieuse à d’autres achats du quotidien : « Tu as vu tes ongles et les mèches que tu as, va prier Dieu va te donner l’argent. Emmenez-moi dans les réseaux sociaux, ce n’est pas grave ». Cette dernière phrase, perçue comme une forme de défi assumé, a contribué à enflammer encore davantage la toile.
Colère, moqueries et appels à l’intervention des autorités
Sous les publications relayant la vidéo, les réactions ont été massives. Certains internautes ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une dérive financière inacceptable dans le champ religieux. D’autres ont directement interpellé la préfecture de police ou la Haute Autorité de la communication (HAC), réclamant des mesures contre ce type de contenu.
Beaucoup d’autres ont exprimé leur lassitude face à certaines pratiques observées dans des églises dites de réveil. Sans forcément viser uniquement la CNR, plusieurs commentaires traduisent une méfiance grandissante envers des discours religieux de plus en plus associés, aux yeux de l’opinion, à l’argent, au prestige et à la démonstration matérielle.
Une polémique révélatrice d’un malaise plus large
Au-delà du cas précis de cette campagne à 100 000 F CFA, la séquence relance un débat plus profond sur la place de l’argent dans certaines communautés chrétiennes contemporaines. Jusqu’où peut aller la contribution financière sans brouiller le message spirituel ? À partir de quand la quête de bénédiction bascule-t-elle, dans l’esprit du public, vers une logique de commerce religieux ?
En voulant mobiliser ses fidèles autour d’un événement présenté comme exceptionnel, la CNR a surtout ravivé une interrogation de fond : dans un contexte social tendu, où beaucoup peinent à joindre les deux bouts, l’accès à la “présence de Dieu” peut-il être publiquement conditionné à une mise d’entrée de 100 000 F CFA ?
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