Politique
Gabon : petits métiers réservés aux nationaux, Pastor Ngoua N’neme réclame une véritable politique migratoire
La décision gouvernementale de réserver certaines activités économiques de proximité aux nationaux, annoncée en Conseil des ministres le 12 août 2025, reste au cœur du débat sur l’emploi au Gabon. Elle concerne notamment des activités du commerce informel, de la réparation, de la coiffure de rue et de certains services de proximité. En septembre 2026, le chef de l’État a également réaffirmé la priorité accordée aux Gabonais pour les emplois d’exécution, tout en prévoyant des facilités ciblées pour le recrutement de compétences étrangères insuffisamment disponibles sur le marché national.
Pour Pastor Ngoua N’neme, cette volonté de favoriser l’emploi local est « louable » et répond à une attente d’une partie de la population. L’ancien membre du gouvernement d’Ali Bongo Ondimba estime néanmoins que la mesure se heurte à deux difficultés : le manque de formation et de moyens de nombreux candidats gabonais, ainsi que la place déjà occupée par les opérateurs étrangers dans plusieurs activités économiques. Il évoque une étude selon laquelle 90 % des métiers concernés et des PME seraient détenus par des étrangers, un chiffre qui demanderait toutefois à être confirmé par la publication de données détaillées.
Les chiffres du recensement relancent le débat migratoire
L’ancien ministre établit un lien entre cette réforme économique et les résultats du dernier Recensement général de la population et des logements (RGPL). Les données présentées en septembre 2026 font état de 3 518 621 habitants au Gabon, dont 2 318 365 Gabonais et 1 200 256 ressortissants étrangers, soit 34,1 % de la population résidente. Ces statistiques concernent la nationalité des personnes recensées et ne permettent pas, à elles seules, de déterminer leur statut migratoire ou la proportion de personnes en situation irrégulière.
Pastor Ngoua N’neme juge cette proportion suffisamment importante pour justifier une réflexion nationale sur l’immigration. « Si ce chiffre est avéré, car on attend toujours la fiche technique explicative du RGPHL, il n’est pas acceptable que le tiers de la population du Gabon soit d’origine étrangère et occupe des pans entiers de secteurs économiques vitaux », affirme-t-il, en établissant un parallèle avec le chômage des nationaux. Il évoque des taux de 35 % pour l’ensemble de la population gabonaise et de près de 40 % chez les jeunes, sans que ces estimations soient accompagnées, dans sa déclaration, de références statistiques permettant de les vérifier.
« Le Gabon ne peut se passer d’une immigration de travail »
Pour l’ancien ministre, les autorités devraient désormais préciser les objectifs de leur politique migratoire. Il souhaite notamment que l’État définisse les conditions d’accueil et d’intégration des ressortissants étrangers, ainsi que les secteurs professionnels dans lesquels leur contribution serait recherchée. Il considère qu’une telle clarification permettrait de mieux articuler les besoins de l’économie nationale avec la priorité donnée à l’emploi des Gabonais.
Pastor Ngoua N’neme reconnaît cependant que le Gabon ne peut se passer de l’immigration de travail, d’études et d’asile. Il préconise parallèlement le recours à des démarches diplomatiques avec les pays d’origine pour organiser d’éventuels retours. Une telle politique devrait nécessairement distinguer les différentes situations administratives et respecter les droits des résidents étrangers, les procédures légales ainsi que les engagements internationaux du Gabon. L’ancien ministre présente d’ailleurs l’encadrement de l’immigration comme un moyen de prévenir les tensions et les réactions xénophobes.
Des Chambres départementales des métiers pour former et financer les Gabonais
Au-delà de la question migratoire, Pastor Ngoua N’neme estime que réserver des activités aux nationaux ne suffira pas à garantir leur reprise effective. Il propose donc la création d’un réseau de Chambres départementales des métiers, chargé de recenser les professions concernées, de former les Gabonais à l’entrepreneuriat et d’accompagner la gestion des très petites entreprises. Cette approche permettrait, selon lui, de préparer les futurs entrepreneurs plutôt que de leur transférer des activités sans formation ni ressources suffisantes.
L’ancien ministre préconise également la mise en place de microcrédits remboursables destinés à financer l’achat d’équipements et les fonds de roulement. Il cite en exemple la Grameen Bank, développée au Bangladesh par Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, pour illustrer les possibilités offertes par le microfinancement. Il souhaite enfin que des dispositifs de suivi et de contrôle soient institués afin d’améliorer les chances de pérennité des entreprises créées.
Cette contribution met ainsi en lumière les défis pratiques de la politique de préférence nationale dans les petits métiers. Entre la nécessité de développer l’emploi des Gabonais, le rôle économique des travailleurs étrangers et les besoins de financement des jeunes entrepreneurs, la réussite de la réforme dépendra notamment de la formation, de l’accès au crédit et de la définition précise des activités concernées. Pour Pastor Ngoua N’neme, c’est à ces conditions que la mesure pourra produire des résultats durables sur le marché du travail gabonais.
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