Société
Le Chocolat des filles accuse églises de réveil et mosquées de favoriser l’immigration clandestine au Gabon
Bienvenue Nziengui Ntoutoume, plus connu sous le pseudonyme de « Le Chocolat des filles », durcit son discours sur l’immigration au Gabon. Dans une vidéo publiée dimanche 27 septembre, l’influenceur gabonais affirme que certaines églises de réveil et mosquées serviraient de portes d’entrée à des étrangers qui s’installeraient ensuite durablement dans le pays. Il va plus loin en soupçonnant certains responsables religieux étrangers d’agir pour le compte de services de renseignement. Des accusations particulièrement graves pour lesquelles il ne présente toutefois, dans cette intervention, aucun élément permettant de les établir.
Cette nouvelle sortie prolonge ses précédentes prises de position contre certains lieux de culte. Début septembre, Bienvenue Nziengui Ntoutoume avait déjà interpellé les autorités sur les nuisances sonores qu’il attribuait à des églises de réveil et réclamé la fermeture des structures exerçant illégalement ainsi que la création d’une « police anti-sectes ». Cette fois, son discours se déplace vers la question migratoire et la sécurité nationale.
Des lieux de culte accusés de servir de couverture
Dans sa vidéo, « Le Chocolat des filles » part du constat, selon lui, d’un manque de contrôle sur l’identité et le parcours de certains prédicateurs étrangers entrant au Gabon. « On ne sait pas qui rentre. Quelqu’un rentre, il est pasteur », lance-t-il avant de raconter le cas d’un prédicateur congolais rencontré lors d’une convention religieuse.
Selon son récit, cet homme aurait tenu des propos laissant entendre qu’il entretenait des relations avec les services de sécurité de son pays. De cette expérience, Bienvenue Nziengui Ntoutoume tire une conclusion beaucoup plus générale : « J’ai compris que la plupart des églises là, la plupart des pasteurs, même les croyants qui viennent, ce sont des agents des services spéciaux de beaucoup de pays qui sont frontaliers au Gabon. » Il les accuse notamment de chercher à identifier les failles sécuritaires et à recueillir des informations. Aucune preuve publique n’est avancée dans la vidéo pour étayer cette généralisation.
La crainte d’une immigration devenue incontrôlable
L’influenceur estime également que l’immigration irrégulière constituerait une menace croissante pour le pays. Il affirme percevoir « une stratégie qui tourne autour du Gabon pour piller ce pays » et dit vouloir placer la défense des intérêts gabonais au premier plan de ses interventions.
« Je suis d’abord Gabonais, c’est la terre de mes ancêtres », insiste-t-il, avant d’évoquer son histoire familiale et son attachement au pays. Il s’en prend ensuite à plusieurs communautés étrangères et affirme que certaines localités connaîtraient une progression particulièrement importante de populations venues d’autres pays africains.
Le scénario des « 80 % » ne repose sur aucune donnée présentée
Bienvenue Nziengui Ntoutoume va jusqu’à prédire qu’à l’horizon 2036, l’immigration pourrait représenter « 80 % » et qu’il n’y aurait alors « plus de Gabonais de souche ». Cette projection n’est accompagnée d’aucune étude démographique ou statistique dans son intervention.
Les données disponibles des Nations unies donnent une image très différente de cette affirmation. UNData estime pour 2025 le stock de migrants internationaux au Gabon à environ 449 700 personnes, soit 17,7 % de la population. La notion de « migrant international » utilisée dans ces statistiques ne signifie par ailleurs pas « immigré clandestin » : elle englobe des personnes résidant dans un pays autre que leur pays d’origine selon les définitions statistiques employées.
« Les mosquées et les églises sont les canaux »
Dans la dernière partie de son intervention, l’influenceur établit un lien direct entre religion et immigration. « Si un pays veut déstabiliser le Gabon, il va passer par la religion », affirme-t-il. Selon lui, « les mosquées et les églises sont les canaux par lesquels beaucoup d’immigrés rentrent », certains responsables religieux venant initialement prêcher avant de rester dans le pays.
Là encore, l’intéressé ne fournit pas de données permettant de mesurer le phénomène qu’il décrit ni d’établir l’existence d’un réseau organisé impliquant des institutions religieuses. Les affirmations concernant d’éventuels agents de renseignement étrangers dissimulés parmi des pasteurs ou des fidèles restent donc, à ce stade, des accusations formulées par Bienvenue Nziengui Ntoutoume et non des faits établis.
Un discours qui divise sur les réseaux sociaux
Cette prise de parole provoque des réactions contrastées. Certains internautes disent partager ses préoccupations concernant le contrôle des frontières, l’immigration irrégulière et le respect des conditions de séjour. D’autres dénoncent au contraire une stigmatisation des étrangers et des communautés religieuses, estimant que la lutte contre l’immigration clandestine ne saurait conduire à assimiler collectivement des nationalités ou des fidèles à une menace sécuritaire.
Le débat intervient dans un pays qui accueille historiquement une importante population immigrée. Les données internationales confirment cette réalité démographique, sans pour autant corroborer le scénario d’un basculement à 80 % avancé par « Le Chocolat des filles ». Entre préoccupations légitimes sur le contrôle des flux migratoires et accusations non documentées contre des communautés entières, cette nouvelle sortie de Bienvenue Nziengui Ntoutoume devrait donc continuer à alimenter la controverse au Gabon.
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