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Chantage, harcèlement, « promotion canapé » : ces témoignages qui lèvent le voile sur les dérives du showbiz gabonais

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Le récent coup de gueule d’Espoir La Tigresse, affirmant publiquement qu’elle ne coucherait avec aucun homme pour faire avancer sa carrière, a remis sur la table un sujet rarement abordé ouvertement dans le showbiz gabonais. Chanteuses, actrices, animatrices ou mannequins interrogées par Star241 racontent, sous couvert d’anonymat pour certaines, des propositions sexuelles, des pressions, des promesses de contrats et des situations qu’elles assimilent à du harcèlement ou à de la « promotion canapé ». Des témoignages graves qui décrivent un environnement parfois difficile pour les femmes, sans pour autant permettre de généraliser ces pratiques à l’ensemble du secteur.

« Faut-il forcément céder au chantage sexuel pour percer ? »

C’est la question que pose une chanteuse gabonaise interrogée par Star241 ce vendredi 28 août. L’artiste, qui souhaite conserver l’anonymat, affirme avoir été confrontée à plusieurs reprises à des propositions à caractère sexuel au cours de sa carrière. Le premier épisode remonterait à plus de dix ans. Selon son récit, un homme présenté comme journaliste et fréquentant alors le ministère de la Culture aurait tenté de lui faire des attouchements dans les escaliers du bâtiment.

« J’ai craqué il y a plus de dix ans dans les escaliers du ministère de la Culture quand un journaliste voulait me faire des attouchements. C’est là que j’ai sorti l’expression : “Ce ne sont pas toutes les artistes qui sont des consommables.” Il m’a répondu que, ma parole contre celle d’un journaliste, ma carrière était à plat », raconte-t-elle. Il s’agit du témoignage de l’artiste. Star241 n’est pas en mesure d’établir indépendamment les faits rapportés ni l’identité de la personne mise en cause.

Un cachet qui aurait servi de moyen de pression

La chanteuse affirme avoir vécu une autre situation similaire avec un homme qu’elle présente cette fois comme un agent du même ministère. Après une prestation, celui-ci lui aurait indiqué être en possession de son cachet et lui aurait demandé de venir signer des documents dans son bureau.

« Mon manager n’était pas disponible, alors j’y suis allée. Une fois dans son bureau, il m’a fait comprendre que des tas de carrières étaient passées par lui et que, si j’étais aussi intelligente que je le laissais entendre, je repasserais le voir une fois prête », relate-t-elle. Elle dit avoir immédiatement refusé la proposition : « Je lui ai répondu que c’était le respect que j’avais pour son âge qui m’empêchait de lui mettre une paire de claques. Il m’a dit que je n’irais pas loin. Je suis sortie de son bureau en colère et je suis rentrée chez moi. »

Un cadeau intime lors d’une recherche de sponsoring

Un troisième épisode l’aurait particulièrement marquée. Alors qu’elle s’était rendue, accompagnée de son assistant, chez un potentiel bienfaiteur susceptible de soutenir l’un de ses projets musicaux, elle affirme avoir reçu un cadeau à caractère sexuel.

« Il me l’a donné bien emballé alors que je me trouvais dans son bureau avec mon assistant pour un sponsoring qu’il avait promis sur un de mes projets. J’ai insisté pour déballer le cadeau sur place. Quand j’ai vu ce que c’était, j’ai pleuré », se souvient-elle.

Elle dit alors avoir lancé à son interlocuteur : « Pourquoi vous ne pouvez pas nous voir comme vos enfants ou vos petites sœurs et faire avancer le pays ? » Face au malaise créé par la situation, son assistant aurait rapidement écourté la rencontre.

« On devait me livrer à quelqu’un qui fantasmait sur moi »

La musicienne affirme également que certaines propositions seraient parfois passées par des personnes de son propre entourage. Elle raconte notamment qu’un ami lui aurait promis de rencontrer un homme disposé à financer un projet artistique. Une fois sur place, elle dit avoir compris que la rencontre avait une toute autre finalité.

« Un pote te dit : “Je t’emmène chez quelqu’un qui va te financer.” Mais, dans leur entente, il va te livrer à son oncle qui fantasme sur toi. Quand ils ont vu que je faisais semblant de ne pas comprendre ce qu’ils attendaient, ils ont été gênés, puis ils m’ont chassée », affirme-t-elle. Elle dit être repartie humiliée, mais soulagée d’avoir pu échapper à la situation. Ces expériences l’auraient ensuite conduite à privilégier des projets moins rémunérateurs mais lui permettant, selon ses mots, de travailler « à l’abri des appâts de la prostitution ».

Des hommes également concernés, selon elle

Pour cette artiste, les femmes ne seraient pas les seules confrontées à ce type de pression. Certains hommes du milieu artistique seraient eux aussi victimes de harcèlement ou de propositions déplacées. « C’est réellement une injustice dans laquelle l’art, notamment la musique, est embrigadé. Même les hommes subissent du harcèlement. Cela se fait à travers des appâts de gains et, plus les gens sont dans la précarité, plus ils peuvent devenir vulnérables », soutient-elle.

Elle décrit des pressions qu’elle estime à la fois sexuelles et morales, allant jusqu’à évoquer des propositions de relations collectives et des menaces de représailles. Là encore, ces déclarations relèvent de son témoignage personnel et ne permettent pas d’établir l’existence généralisée de telles pratiques dans le milieu artistique gabonais.

Cachets, programmation et rapports de pouvoir

La chanteuse met également en cause certains mécanismes entourant la programmation artistique. D’après elle, certains organisateurs demanderaient parfois aux artistes de leur reverser une partie de leur cachet pour obtenir une place dans un spectacle. Elle affirme également que quelques personnes ayant financé un projet considèreraient ensuite l’artiste comme redevable au-delà du cadre professionnel.

« On veut même te faire croire que te programmer ou investir sur toi, c’est te sauver la vie, donc que tu dois payer en nature. On peut te proposer gratuitement pour une prestation à un mariage simplement parce que quelqu’un a mis 200 000 FCFA dans ton dernier album », déplore-t-elle. Pour elle, cette logique contribue à installer l’idée que celui qui possède l’argent disposerait automatiquement d’un pouvoir sur le créateur, alors que « l’artiste lui-même est une valeur économique ».

Des refus qui auraient pesé sur sa carrière

La chanteuse estime d’ailleurs que son refus de certaines propositions a eu un impact direct sur son parcours professionnel. « Je n’ai pas disparu de la scène parce que je chantais mal ni parce que je l’avais décidé. J’ai fait des choix et des sacrifices : le refus de prendre certains argents, le refus de participer à des réunions proposées par des appels anonymes, le refus d’accepter certains parrainages ou marrainages bizarres », explique-t-elle.

Elle dit avoir privilégié des projets plus modestes afin de poursuivre sa carrière tout en respectant ses principes. « Je ne suis pas une sainte, c’est sûr, mais je connais la pression et les humiliations auxquelles il fallait faire face et contre lesquelles il fallait lutter », ajoute-t-elle.

« Il y a aussi eu des sages et des anges »

Son témoignage ne se limite toutefois pas aux mauvaises expériences. La chanteuse tient à rappeler qu’elle a également rencontré des personnes qui l’ont aidée sans aucune contrepartie. « Dans ce parcours, il y a quand même eu des sages et des anges qui m’ont conseillée, soutenue et encouragée. Des gens anonymes ont déposé de l’argent en studio pour que je puisse enregistrer de nouveaux sons. D’autres ont financé mes projets sociaux lorsque nous lancions des collectes », explique-t-elle.

Elle raconte aussi avoir reçu du matériel et le soutien de personnes connaissant les difficultés du milieu mais refusant certaines de ses dérives. « J’ai vu la face de Dieu dans ce parcours », confie-t-elle.

Une carrière solo abandonnée après des avances

Une autre chanteuse, ancienne membre d’un groupe musical, raconte elle aussi avoir été confrontée à des propositions qu’elle jugeait inacceptables au moment de lancer sa carrière solo. Elle affirme avoir rencontré un promoteur de spectacles qui lui aurait fait miroiter plusieurs contrats et des concerts en Europe. La contrepartie, selon son récit, aurait été de partager sa chambre d’hôtel avec lui.

Elle dit avoir refusé. Les opportunités promises ne se seraient jamais concrétisées et la jeune femme aurait finalement réorienté sa vie professionnelle vers un autre secteur. Une autre artiste interrogée par Star241 affirme, elle aussi, avoir été confrontée à plusieurs formes de chantage sexuel avant de quitter progressivement le milieu pour occuper un emploi dans une entreprise.

La « promotion canapé », une notion contestée

Interrogé sur la question, un acteur culturel appelle toutefois à ne pas qualifier automatiquement de « promotion canapé » toute relation née dans le milieu professionnel. « Lorsque des hommes et des femmes se fréquentent, il est tout à fait normal que des sentiments amoureux puissent naître. Cela ne veut pas forcément dire qu’il s’agit de promotion canapé », estime-t-il.

Selon lui, l’expression est parfois employée abusivement. Mais il reconnaît parallèlement l’existence de comportements problématiques de la part de certaines personnes en situation de pouvoir. « Certains hommes aux ego surdimensionnés, renforcés par leur position, se permettent de faire chanter des jeunes filles fragilisées par leur besoin de réussir ou de connaître la gloire. Elles deviennent alors des proies faciles et, en échange de faveurs sexuelles, on leur promet monts et merveilles », explique-t-il.

Actrices et mannequins également ciblées

Les témoignages recueillis ne concernent pas uniquement la musique. Une actrice interrogée par Star241 explique que des intermédiaires prétendant disposer de connexions avec les producteurs ou réalisateurs approcheraient parfois de jeunes femmes en leur promettant des rôles.

« Dans les séries, ce ne sont pas forcément les producteurs ou les réalisateurs qui font ce genre de propositions. Ce sont parfois des hommes qui te font croire qu’ils peuvent te mettre en contact avec telle personne dans telle maison de production », explique-t-elle. Selon cette actrice, certains de ces individus s’afficheraient sur les réseaux sociaux avec des comédiens connus ou fréquenteraient des plateaux de tournage afin de donner de la crédibilité à leurs promesses. « Lorsque les victimes se rendent compte qu’ils n’ont en réalité aucun pouvoir, il est parfois déjà trop tard », affirme-t-elle.

« On m’a proposé de la prostitution de luxe »

Le témoignage d’une ancienne animatrice de télévision est encore plus préoccupant. Éloignée des écrans depuis plusieurs mois et désormais reconvertie dans le commerce, elle affirme avoir quitté le milieu après une importante détresse psychologique. « Entre les personnalités qui te voient à la télévision, les hommes qui te promettent monts et merveilles, les chantages et le harcèlement au sein même de nos lieux de travail, c’est très difficile de tenir. J’ai fait une dépression intense avant de décider qu’il fallait définitivement tourner le dos à ce milieu », raconte-t-elle.

Elle affirme avoir reçu des propositions impliquant des voyages à l’étranger et des relations sexuelles contre de fortes sommes d’argent. Selon elle, certains collègues auraient même joué le rôle d’intermédiaires entre des hommes fortunés et de jeunes animatrices.

La vulnérabilité liée à la hiérarchie

La situation serait particulièrement délicate lorsque l’intermédiaire occupe une fonction hiérarchique. « Lorsque ce collègue animateur est ton supérieur dans l’entreprise et que tu refuses les propositions qu’il te fait, tu peux avoir peur pour ton poste, peu importe ton talent », affirme l’ancienne animatrice.

Elle pointe également la précarité de certains contrats dans les médias, qui laisserait selon elle des professionnelles particulièrement vulnérables. Aujourd’hui éloignée des plateaux, elle ne regrette pas sa décision : « Beaucoup me demandent pourquoi on ne me voit plus. Mais, en toute franchise, je suis quitte avec ma conscience et, loin de tout ce stress, je me sens bien. »

Des témoignages graves qui appellent surtout à des mécanismes de protection

Ces récits dessinent l’image d’un secteur où peuvent cohabiter opportunités artistiques, rapports de pouvoir et grande précarité professionnelle. Mais ils doivent également être considérés pour ce qu’ils sont : des témoignages individuels, pour la plupart anonymes, dont Star241 ne peut vérifier chaque épisode ni tirer la conclusion que l’ensemble du showbiz gabonais fonctionnerait selon ces pratiques.

De nombreuses artistes ont d’ailleurs construit leur carrière grâce à leur talent, à leur travail, à des équipes professionnelles, à des partenaires sérieux ou à des investissements réalisés sans contrepartie déplacée.

Reste que la répétition de témoignages évoquant harcèlement, propositions sexuelles et chantage pose une véritable question. Au-delà des polémiques sur les réseaux sociaux, elle interroge les dispositifs dont disposent aujourd’hui les artistes, comédiennes, mannequins ou professionnelles des médias pour signaler des comportements abusifs, conserver des preuves, bénéficier d’un accompagnement juridique et travailler sans craindre de perdre une opportunité pour avoir simplement dit non.

La sortie d’Espoir La Tigresse aura au moins eu cet effet : ramener au premier plan une parole longtemps confinée aux coulisses. Et derrière la formule « Je ne coucherai avec aucun homme pour avancer », plusieurs témoignages recueillis par Star241 montrent surtout la nécessité de garantir un environnement professionnel où le talent, et non la vulnérabilité, détermine les opportunités.

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