International
Chouchou Lazare triomphe à Paris et impose le raphia gabonais sur la scène mode
À Paris, sous les projecteurs du Fashion Annual Show, Chouchou Lazare a une nouvelle fois fait parler son audace. Ce vendredi 6 mars, le styliste gabonais a séduit le public et décroché un prix saluant son travail de valorisation de l’artisanat africain, confirmant sa place parmi les créateurs qui réinventent le raphia avec éclat.
Bustiers structurés, jupes aériennes, silhouettes majestueuses : le designer transforme cette matière naturelle en pièces de haute couture capables de séduire bien au-delà des frontières gabonaises. À travers ses créations, il offre une seconde vie au raphia, longtemps associé aux cérémonies et aux vêtements traditionnels.
Le pari d’une matière élevée au rang de luxe
Pour Chouchou Lazare, le raphia gabonais possède une singularité rare. « Il est tissé très finement et mérite d’être montré au monde », affirme-t-il, convaincu du potentiel international de cette fibre enracinée dans les traditions locales.
Cette reconnaissance ne date pas d’hier. Depuis le début des années 2000, le styliste attire l’attention des professionnels de la mode. En 2002 déjà, il remportait le premier prix du meilleur défilé à la Biennale internationale de design de Saint-Étienne, en France. Plus récemment, ses créations ont également été présentées à Libreville devant plusieurs personnalités, parmi lesquelles Emmanuel Macron et le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Une vocation née très tôt
Derrière cette trajectoire se dessine un parcours profondément ancré dans l’histoire familiale. Chouchou Lazare découvre très jeune l’univers de la couture en aidant sa mère dès l’âge de neuf ans. Au lycée, il organise déjà son premier défilé de mode. Autodidacte, il n’a fréquenté aucune école de stylisme et a appris seul à travailler le raphia, jusqu’à en faire une signature.

Ses créations portent aussi la mémoire de ses origines. Le styliste évoque régulièrement l’influence de sa mère et de sa grand-mère, qu’il présente comme une figure majestueuse ayant nourri son goût pour l’élégance. Admirateur de Karl Lagerfeld, il glisse d’ailleurs avec humour : « Je n’ai pas d’âge, comme Karl ».
Entre héritage culturel et ouverture au monde
Au Gabon, le raphia conserve une portée culturelle et spirituelle forte. Autrefois réservé aux chefs et aux élites, il reste associé à certains mariages ainsi qu’aux cérémonies liées au bwiti. Les motifs, les textures et les longueurs des tissus renvoyaient jadis à des significations précises, parfois conçues à partir d’écorce d’arbre.

Pour Chouchou Lazare, cet héritage ne doit pourtant pas rester confiné à un usage local. Le styliste défend l’idée d’un raphia capable de conquérir le public international et d’être porté par tous, sans distinction d’origine. Une vision qu’il porte également à travers son engagement en faveur de la transmission.
Un mentor pour la nouvelle génération
Aujourd’hui président de l’Association des stylistes et créateurs du Gabon, il accompagne les jeunes talents et les encourage à viser les scènes internationales. Son parcours sert de repère à toute une génération de créateurs désireux de faire émerger une mode gabonaise plus visible et plus ambitieuse.
Parmi ceux qu’il inspire figure Oscar Ozimo, styliste fort de plus de vingt ans de carrière. Ce dernier assure avoir beaucoup appris aux côtés de son mentor, notamment lors d’un défilé organisé à Paris. « C’est une expérience très enrichissante pour moi d’avoir participé à cette aventure », confie-t-il à l’AFP.
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